Médecins généralistes, urgentistes, pédiatres, kinésithérapeutes ou gynécologues, de plus en plus de professionnels de santé développent «une autre facette»: la création de contenus pour combattre la désinformation médicale, omniprésente sur les réseaux sociaux. «Faire repousser ses neurones grâce au différentiel de gallate ? Bien sûr que non!». Dans une publication sur Instagram, Nawale Hadouiri – alias @Dr_Nawell2.0 – met en garde ses 90.000 abonnés sur un procédé promu sur internet. «Mettre une bouillotte d’eau chaude et d’eau froide respectivement sur votre ventre et front ne va pas accélérer la croissance neuronale», explique-t-elle, répondant à une vidéo qui affirmait le contraire. Depuis 4 ans, cette médecin en rééducation neurologique au CHU de Dijon s’est lancée sur les réseaux sociaux pour faire de la prévention et sensibiliser aux fausses informations en santé. Depuis la pandémie de Covid-19, cette trentenaire a observé une augmentation des «fake news», souvent autour de médecines alternatives. «La plupart sont poussées par des professionnels auto-proclamés qui font la promotion de discours contraires aux connaissances scientifiques pour ensuite faire adhérer les gens à toutes sortes de programmes, souvent à des fins commerciales», développe la médecin. «N’importe qui peut tomber dans le panneau», observe-t-elle, avec des conséquences désastreuses pour des patients se laissant tenter. Les médecins sont de plus en plus nombreux à sauter le pas pour combattre la désinformation médicale par les mêmes canaux. Sur son compte @violette.diet, Violette Babocsay, diététicienne aux 230.000 abonnés, alerte chaque semaine sur les nouvelles tendances et «faux bons conseils» pour perdre du poids. «En consultation, on passe nos journées à rattraper les dégâts causés par des modes virales sur internet qui sont beaucoup trop restrictives et qui créent de l’anxiété alimentaire. Alors, je trouvais ça vraiment nécessaire d’agir en amont», raconte-t-elle. Sur TikTok, la diététicienne répond ainsi directement à ceux qui affirment que l’addiction au sucre «est pire que la «coke»», ou que manger du blanc de poulet «augmenterait les risques de cancers». Dans la même optique, le syndicat de jeunes médecins généralistes ReAGJIR a récemment lancé une campagne en ligne – HealthBuster -, via un compte TikTok dédié, pour sensibiliser aux conseils médicaux erronés. En utilisant des «deepfakes», des médecins prennent les influenceurs à leur propre jeu en leur faisant avouer les dangers de pratiques dont ils font la promotion. Parmi elles: traiter une infection vaginale en imbibant un tampon de yaourt, se scotcher la bouche pour mieux dormir, … A la fin de chaque vidéo, le syndicat révèle qu’il s’agit d’une IA et qu’un médecin se cachait derrière le trucage. «Le message, c’est qu’en matière de santé publique, il faut faire confiance aux professionnels. Ce n’est pas la popularité qui fait la légitimité», martèle Raphaël Dachicourt, président du syndicat. Ce compte doit aussi permettre de toucher davantage les jeunes, «avec qui on a moins de contacts et qui osent moins nous poser de questions», détaille Agathe Lechevalier, médecin généraliste. Pour encourager notamment ces initiatives, l’Ordre des médecins a mis en place en janvier une charte du médecin créateur de contenus, par laquelle les professionnels s’engagent par exemple à ne pas donner de conseil médical personnalisé ou à ne pas faire la promotion de pratiques non validées scientifiquement. «L’idée, c’était de pouvoir légitimer notre rôle de médecin sur les réseaux et aussi de rassurer et d’accompagner ceux qui pouvaient avoir peur de se lancer», décrit Nawale Hadouiri. «Si on ne va pas sur le terrain des réseaux sociaux, ce sont des charlatans et autres non professionnels qui continueront de le faire», plaide la médecin.