France Inter qui bat un nouveau record, franceinfo qui double RTL et passe 2ème, France Culture qui monte: la radio publique enchaîne les succès d’audience en ce début de saison, dans un contexte d’incertitudes sur son statut. Selon les chiffres de Médiamétrie publiés jeudi, France Inter a établi un nouveau record historique, en cumulant 7,20 millions d’auditeurs chaque jour entre septembre et octobre, restant de loin la 1ère radio de France. Cela représente 265.000 auditeurs quotidiens de plus qu’il y a un an et une audience cumulée à 12,8% (+0,3 point sur un an). C’est un «immense succès du service public», selon sa directrice Adèle Van Reeth. Pour la 2ème marche du podium, c’est une petite révolution dans le paysage radiophonique: franceinfo a chassé RTL, qui était leader des audiences jusqu’en 2019. La radio publique d’information continue compte 4,97 millions d’auditeurs quotidiens sur la même période, tandis que RTL atteint 4,90 millions d’auditeurs (-306.000 sur un an). La station privée généraliste du groupe M6 a pourtant effectué de gros recrutements cet été, dont celui de Thomas Sotto à la matinale. Ces derniers mois, RTL a souvent assuré que son retard était dû à la fin de la diffusion en grandes ondes et au fait que France Inter bénéficie de davantage d’émetteurs pour la FM, ce dont cette dernière se défend. Le groupe public Radio France enregistre d’autres réussites: en plein rapprochement avec France 3, France Bleu et ses 44 stations locales progressent (2,59 millions d’auditeurs, +87.000 en un an), comme France Culture qui franchit pour la 1ère fois la barre des 2 millions d’auditeurs quotidiens (2,11 millions, +267.000 en un an). France Musique aussi marque un record, avec 1,26 million d’auditeurs (+206.000 en un an). «C’est une belle histoire qu’on écrit entre les Français et leur service public audio», s’est félicitée la PDG du groupe, Sibyle Veil. «Nous parvenons à avoir de grands succès sur tous les tableaux en même temps: en direct et sur le numérique, sur l’info et la culture, sur le national et le local», a-t-elle souligné. Ces chiffres de rentrée donnent un point d’appui important à Radio France, qui fait face à plusieurs fronts. Le financement de l’audiovisuel public – qui comprend également France Télévisions, l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et France Médias Monde (France 24, RFI) – est en discussion devant le Parlement. Un montant de TVA devrait être affecté annuellement au secteur, en remplacement de la redevance supprimée en 2022. Le budget 2025 lui-même va être âprement débattu, un rabot de 81 millions d’euros étant prévu et une coupe supplémentaire de 50 millions étant en vue. Surtout, le sort de la réforme de la gouvernance de l’audiovisuel public n’est pas tranché. Poussé par la ministre de la Culture Rachida Dati, ce projet de holding commune puis de fusion a été suspendu par la dissolution de l’AN à l’été. Il avait fait l’objet de grèves à Radio France, où l’on craint que la radio soit phagocytée par la télé. Car le média radio est globalement en recul, ce que confirment une nouvelle fois les chiffres de Médiamétrie. En septembre-octobre, les radios ont rassemblé 37,85 millions d’auditeurs, contre 38,14 millions un an plus tôt, malgré une actualité fournie entre le gouvernement Barnier et la campagne des élections américaines. Nombre de radios privés souffrent: outre RTL, NRJ, RMC et encore Europe 2 perdent des auditeurs. Contrôlée par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré, Europe 1 a enrayé la chute spectaculaire de ces dernières années et progresse encore, avec 2,49 millions d’auditeurs (+347.000 sur un an). Après Pascal Praud la saison dernière, la radio a recruté Cyril Hanouna, animateur phare mais controversé de la chaîne télé C8. Il a doublé l’audience de la tranche du 16h-18h, d’après la station qui fêtera ses 70 ans au 1er janvier. Constance Benqué, DG de Lagardère Radio, sa propriétaire, affirme que «la liberté de ton et d’esprit d’Europe 1 est fondamentale» et qu’on «s’y affranchit du politiquement correct».