«Secret Story» (Endemol France) fait son retour sur TF1, TFX et TF1+ à partir du 23 avril. Ce «revival» a nécessité en amont d’importantes mises à jour créatives et stratégiques afin d’être en accord avec les nouvelles attentes du public. A cette occasion, média+ s’est entretenu avec Julien DEGROOTE, Directeur du développement et de la création du Groupe TF1.
MEDIA +
Comment avez-vous imaginé le retour de «Secret Story» sur TF1 ?
JULIEN DEGROOTE
Comme à chaque programme emblématique, notre objectif est de conserver ses éléments fondamentaux tout modernisant le format. Pour cela, je suis accompagné de deux équipes chez TF1 : l’une est composée de créatifs en charge de toutes les nouveautés flux, et l’autre assure notamment la veille internationale en apportant une vision globale des tendances. Pour la refonte de «Secret Story», nous avons envisagé avec les équipes de Rémi Faure (Directeur des programmes de flux TF1) et le producteur de transformer le programme en un jeu d’enquêtes. Nous nous sommes inspirés de films et de séries actuelles, ainsi que de formats cousins comme «Big Brother», surtout sa version australienne diffusée en Prime Time, qui mélange jeu, missions secrètes et casting diversifié pour un public familial. En 2024, nous cherchons à nous éloigner de l’image traditionnelle de la téléréalité, qui ne nous semble plus aussi pertinente qu’à l’époque. En adaptant «Secret Story», nous visons une écoute conjointe. Pour autant, le programme plaira – j’en suis sûr – aux fidèles de la première heure. Cela nécessite un équilibre délicat pour mélanger enquêtes, secrets et casting détonnant.
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Effacer l’image téléréalité, ce n’est pas juste un argument marketing ?
JULIEN DEGROOTE
Pas du tout ! Le repositionnement du programme s’articule autour d’une mécanique de jeu bien définie, qui ne se limite pas à un simple effet de communication. Nous avons intégré des missions quotidiennes, des défis, ainsi que des récompenses et des pénalités pour dynamiser le quotidien des joueurs dans la plus grande Maison des Secrets jamais construite. Ces activités sont conçues pour être funs, rigolotes et surprenantes. Le casting est composé de personnes ordinaires mais dotées d’un petit plus: à savoir un secret à la fois positif, amusant et/ou surprenant. Nous avons délibérément écarté les secrets sombres ou anxiogènes. Quant aux candidats désireux de célébrité, ils sont reconnaissables de loin et nous ne les avons pas retenus.
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En étant trop «feel good», ne risquez-vous pas d’édulcorer le format ?
JULIEN DEGROOTE
L’essence même de «Secret Story» ne réside pas dans les clashs. Au cœur du format, nous assistons à un jeu de type Cluedo, avec des secrets surprenants. Il est tout à fait possible de créer du suspense et une tension positive à travers des personnages charismatiques et des interactions dynamiques, sans tomber dans la négativité.
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Cette logique de gamification, vous l’observez depuis quand à la TV ?
JULIEN DEGROOTE
«Mask Singer» est un point de référence. L’intérêt marqué pour les jeux de société et les jeux de rôle observé chez les jeunes adultes reflète une tendance plus large que nous avons traduit dans nos programmes. «Secret Story» intègre divers types de jeux — logiques, physiques, de quiz — pour enrichir l’expérience des participants, ainsi que des twists et des rebondissements adaptés aux différentes semaines de diffusion. Les candidats viennent avec l’envie d’être surpris, ce qui est au cœur de notre démarche pour maintenir le programme dynamique et engageant.
MEDIA +
Quelle est votre politique de jeux sur la grille de TF1 ?
JULIEN DEGROOTE
«Les douze coups de midi» avec Jean-Luc Reichmann est un exemple probant du succès du genre. Historiquement, beaucoup de jeux étaient programmés en Access Prime Time sur TF1, mais aujourd’hui, avec nos deux feuilletons quotidiens, les jeux trouvent plutôt leur place en première partie de soirée. Le jeu est indéniablement un phénomène culturel, apprécié à travers différents supports, des jeux vidéo aux applications mobiles. C’est pourquoi le développement de jeux constitue une priorité stratégique pour nous. Nous explorons un large éventail de formats, incluant non seulement des adaptations mais également des créations originales développées en interne ou en collaboration avec des producteurs. Dans les mois à venir, nous serons ravis d’annoncer le lancement de nouveaux jeux sur les antennes de TF1, enrichissant ainsi notre offre de divertissement.
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Vous recevez combien de projets flux chaque année ?
JULIEN DEGROOTE
Des centaines ! Bien que nous ne retenions que moins de 5% de ces projets, nous parvenons à lancer de nouveaux programmes chaque saison. Le succès de nos grandes franchises telles que «The Voice», «Koh Lanta», «Danse avec les stars», et «Star Academy» est une base solide qui nous permet de tester de nouvelles idées et créations originales. Lancer un nouveau programme comporte toujours des risques, mais nous ne pouvons pas nous permettre de rester conservateurs en proposant constamment les mêmes contenus. Prendre des risques fait partie intégrante du métier. Il est essentiel de garder nos antennes vivantes et diversifiées, en résonance avec les tendances mondiales.
MEDIA +
Comment dispatchez-vous les nouveautés ?
JULIEN DEGROOTE
Mettre à l’antenne une nouvelle émission sur TF1 augmente indubitablement sa visibilité en raison de la force de frappe de la chaîne. Cependant, certains formats trouvent mieux leur place sur d’autres chaînes du groupe, où ils peuvent mieux résonner avec le public ciblé. Par exemple, «L’Agence», qui explore le monde de l’immobilier de luxe, est plus adaptée à TMC et son public. De même, «Tattoo Cover» est idéal pour TFX. Par ailleurs, il y a des programmes comme «Détox ta maison, 7 jours pour tout ranger» qui sont lancés sur TF1 pour toucher un large public, puis diffusés en Prime Time sur TFX, où ils peuvent capter une audience différente et compatible. Cette stratégie permet d’optimiser l’audience et l’impact de chaque programme au sein du groupe TF1.