La mondialisation, les délocalisations et les migrations de travail seront au coeur de la 7ème édition du festival «Filmer le travail», à partir de vendredi à Poitiers. «Comme des lions», documentaire de Françoise Davisse consacré aux 2 années de lutte des salariés de PSA Aulnay contre la délocalisation et la fermeture de leur usine ouvrira le festival qui dure jusqu’au 7 février. Suivra «Margin Call» de Jeffrey. C. Chandor, sur la crise financière de 2008, et les mécanismes abstraits qui régissent le capitalisme financier. «Genèse d’un repas» de Luc Moullet, posera un regard aiguisé et décalé sur la globalisation des échanges et les rapports de production à l’échelle mondialisée, et «At home» d’Athanasios Karanikolas, sur la question des migrations de travail, ouvrira la réflexion sur la précarisation des personnes immigrées, employées illégalement.
Conçu aussi bien pour le grand public que pour les chercheurs, le festival mettra en compétition 20 documentaires d’une quinzaine de pays. Parmi eux, deux portraits sensibles: la seule femme chauffeur de bus de Géorgie («Madonna» de la réalisatrice Gogua Nino) et un homme qui tente de survivre dans une Catane (Sicile) gangrénée par la pauvreté et la corruption («Lo Stato Brado» de Carlo Lo Giudice). Les laissés-pour-compte de Marrakech («La route du pain» de Hicham Elladdaqi) qui chaque jour se plantent au pied de la Medina pour quémander du travail, rejoindront le Cubain Hernan, cireur de chaussures («Relu» de Tomas Navas Curie), critiquant ouvertement la politique et les restrictions de son pays. «On ira à Neuilly Inch’Allah» d’Anna Salzberg et Mehdi Ahoudig ou la journée de jeunes travailleurs de Vélib en grève et «La sirène de Faso Fani» (Burkina Faso) de Michel K. Zongo, une rencontre avec une ex-employée d’une manufacture de cotonnade dénonçant les conséquences de la politique économique mondiale aveugle des réalités locales, incarneront la résistance. D’autres mettent en scène des hommes face aux éléments («Suspendu à la nuit» de Eva Tourrent, France; «La montagne magique» de Andreï Schtakleff, France), et des travailleurs de la mer («Seuls» de David Kremer, France; «Autarcie tiger’s II» de Naïmé Perrette, Canada). Ils dissèquent le quotidien de femmes isolées face à l’ampleur de leur tâche: une inspectrice sanitaire cubaine («El enemigo» de Aldemar Matias, Cuba), des infirmières canadiennes s’occupant de femmes victimes de violences («Winter Buoy» de Frida Kempff, Suède, Canada, Danemark); des employées de maison «invisibles» («Muchachas» de Juliana Fanjul, Mexique, Suisse). Ils parlent aussi des liens sensibles qui unissent le travail et l’art («Before we go» de Jorge Leon, Belgique), du va-et-vient entre rêve et réalité («Fi rassi rond-point» de Hassen Ferhani, Algérie) ou de la jeunesse face à son devenir et aux modèles imposés («L’inutile» de Camille Holtz, France; «Terra di nessuno» de Jean Boiron-Lajous, France, Italie). La réalité d’un magasin hors d’âge et celle d’un autre en liquidation, sont abordées au travers de «Hier sprach der Preis» de Sabrina Jaeger (Allemagne) et «Muebles Aldeguer» de Irene M. Borrego (Espagne). Le travail des soldats sera évoqué au travers d’hommes affectés en Irak et en Afghanistan qui, entre permissions et entraînement, tuent le temps dans une petite ville militaire du désert californien («Killing time» de Lydie Wisshaupt-Claudel, France, Belgique). Des conférences et rencontres professionnelles sont également prévus. Cette année, le festival honorera l’Italie, dont les grands cinéastes ont souvent parlé du travail, avec une douzaine de films projetés. Un concours de films courts («Filme ton travail») et un concours de scenari sont également programmés.